Par Jean-Philippe Masson, président de la FNMR
Membre du bureau d’Avenir Spé
Une priorité de la FNMR depuis plus de 10 ans
Alors que les actes d’imagerie médicale représentent plus de 40 % des dépenses CCAM hors activités dentaires[1], la question de leur pertinence est essentielle. La pertinence est un moyen d’optimiser le parcours de soins, au bénéfice des patients comme du système de santé.
La FNMR plaide depuis plus de 10 ans pour une stratégie fondée sur la pertinence, qui ne peut pas être une simple logique comptable. Réduire les examens redondants ou non justifiés permettrait de libérer des créneaux pour les examens réellement nécessaires, et ainsi réduire les délais de rendez-vous, aujourd’hui souvent supérieurs à deux mois tout en réalisant des économies.
Les radiologues : des effecteurs et non des demandeurs d’examens
Contrairement à d’autres spécialités, les radiologues n’initient pas les examens. Ils interviennent sur demande de leurs confrères. C’est pourquoi la pertinence ne peut réussir sans la mobilisation des médecins demandeurs. La FNMR l’a compris dès les premiers protocoles : création de fiches de bonnes pratiques issues des recommandations de la HAS, mise à disposition de formations gratuites pour les médecins généralistes, développement d’outils numériques (guide de bon usage, ADERIM…), demandes réitérées d’intégration de ces outils dans les logiciels métiers des médecins demandeurs…
Certaines de ces initiatives ont prouvé leur efficacité lorsqu’elles ont été accompagnées d’une communication soutenue par la CNAM. Elles doivent également être soutenues par les caisses locales, ce qui n’a le plus souvent pas été le cas par le passé.
En 2018, l’objectif d’économies relatif à la lombalgie commune a été largement atteint (17,3 millions d’€ pour un objectif initial de 15 millions d’€).
Le contournement de la nouvelle convention médicale
La convention médicale de 2024 actait un programme ambitieux de pertinence en imagerie. Aujourd’hui, l’article 41 de la LFSS 2025 menace cette négociation en introduisant des baisses tarifaires unilatérales si 300 M€ d’économies ne sont pas atteints. Pourquoi signer une convention médicale si celle-ci n’est pas respectée ? Une mission commune IGAS/IGF lancée à l’automne dernier concernant les dépenses d’imagerie et de biologie demandait même de réintroduire « des marges de manœuvre non conventionnelles ».
En radiologie, plus de cent actes sont déjà rémunérés en dessous de la consultation généraliste – et ce, malgré des équipements coûteux avec des charges élevées (environ 65 à 70%) croissantes.
Un besoin de temps et de moyens
Mettre en place une politique efficace de pertinence suppose de changer les comportements des médecins et des patients. Cela passe par :
- Un dialogue entre radiologue et médecins demandeurs, notamment généralistes ;
- Une valorisation du rôle médical du radiologue (modification de la demande, choix de l’examen adapté) ;
- Une communication nationale à destination des patients exerçant une pression sur le médecin demandeur ;
- La mise en cohérence des incitations tarifaires avec les objectifs de santé publique (ex : revalorisation de la mammographie de dépistage, non-revalorisée depuis 20 ans).
- Création d’une enveloppe prévention, en dehors de celle du soin
La réforme des produits de contraste l’a prouvé : lorsqu’elle est pilotée par les professionnels, une réforme peut être à la fois pertinente d’un point de vue médical et économiquement efficiente pour l’Assurance maladie.
Prioriser le long terme
Il est indispensable de prioriser la pertinence des actes d’imagerie à la maîtrise comptable aveugle. La pertinence doit être un outil permettant à la fois de garantir un accès équitable aux examens utiles mais aussi de réaliser des économies là où elles n’empêchent pas la bonne médecine.
Changer les habitudes prend du temps donc il faut sortir du court-termisme. Alors que la demande de soins augmente, notamment liée au vieillissement de la population, il est indispensable d’investir durablement dans ce bien précieux qu’est la santé.
[1] Rapport Charges et Produits pour 2025