Le reste à charge zéro : une fausse bonne idée

Nov 15, 2022

Réduire le reste à charge devrait conduire, non seulement à des soins gratuits pour tous les patients, mais aussi à réduire les dépenses induites par la maladie : transport et manque à gagner.

Jusqu’à présent les tutelles ont été obnubilées par les compléments d’honoraires des médecins, sans avoir à l’esprit deux aspects majeurs :

  • L’incapacité de l’Etat et de la Sécu à rémunérer les soins à leur juste valeur, intégrant le coût de la pratique et l’expertise nécessaire. On arrive au paradoxe d’avoir des soins paramédicaux parfois mieux remboursés que les soins dispensés par un médecin.
  • Cette politique de blocage de la valeur et de refus de libéraliser les compléments d’honoraires qui pourraient être pris en charge par les assurances complémentaires devenues quasiment généralisées, a de multiples effets pervers :
    • La fragmentation des prises en charges, qui multiplient les délais, sature les agendas, induit des surcoûts de programmation, accueil, prise en charge, allonge d’autant les périodes de manque à gagner et les déplacements pour les patients, occasionne des pertes de chance pour des affections évolutives, etc.
    • Les médecins sont de plus en plus découragés, tant les vieux qui peuvent à tout moment partir en retraite, que les jeunes qui commencent à choisir des niches d’activité plus lucratives, s’organisent pour privilégier leur vie personnelle par rapport à l’investissement personnel, voire commencent à partir à l’étranger (Suisse, Allemagne, Belgique, Canada…)

Une vraie politique de réduction des inégalités d’accès aux soins médicaux doit passer par :

  • Un effort significatif de revalorisation de l’activité médicale, clinique et technique,
  • Une simplification des règles tarifaires
  • Un élargissement et une harmonisation des critères de l’OPTAM, par exemple un taux de « dépassement » de 50 % partout et un taux d’opposabilité de 10 % partout. En parallèle, il faut revoir les contrats « responsables » pour pousser les mutuelles à financer plus significativement les soins médicaux plutôt que les soins de confort.

Si ceci n’est pas fait, il y a fort à parier que la pénurie et la désertification s’accentueront rapidement et que l’OPTAM sera délaissé par un nombre croissant de médecins, au profit d’un Secteur 2 pur et dur. Nous aurons alors une vraie médecine à deux vitesses !

Georges de KORVIN

Paris, le 17/11/2022 

Communiqué de presse

Avenir Spé partage la colère des médecins et demande une réponse crédible des tutelles.

AVENIR SPE déplore l’effondrement actuel du système de santé, conséquence de trente ans d’administration à courte vue, ignorant délibérément les réalités du monde médical. La désertification des territoires reculés s’accompagne maintenant d’une pénurie généralisée de compétences médicales. 

AVENIR SPE, syndicat des spécialités d’expertise clinique et technique, partage la colère des médecins de terrain, libéraux et salariés, et soutient le mouvement de protestation engagé. 

AVENIR SPE travaille depuis de nombreuses années à des propositions construites pour établir un système rationnel, équitable et attractif. Ces propositions ont, jusqu’à présent, été dédaignées par les tutelles qui n’ont su ni voir ni prévoir les évolutions démographiques et culturelles, se cantonnant dans des raisonnements datant des années 1980. 

Il appartient à présent aux Parlementaires, au Gouvernement et à l’Assurance maladie d’abandonner leurs positions dogmatiques et de co-construire avec les représentants légitimes des médecins, une rénovation durable de notre système de santé, financé par un budget à la hauteur des enjeux.

Contact presse : 

Dr Patrick Gasser

drpatrickgasser@gmail.com

0610277767

 

 

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